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LES «CINQ SECRETS LES MIEUX GARDÉS DE LA RÉALITÉ ÉCONOMIQUE » - Discussion avec David Hall

Mercredi, Mai 21, 2014
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Cet après-midi, nous avons eu la chance d’avoir une conversation avec David Hall de l'Unité de recherche de l’Internationale des Services Publics (PSIRU) et l’auteur d'un brillant rapport basé sur des données probantes lancé ce mardi au congrès. Pour nous donner quelques informations sur ce document incontournable, il nous a expliqué ce qu'il appelle les «cinq secrets les mieux gardés de la réalité économique ».


  1. Le premier est peut-être le seul qui a acquis une certaine notoriété publique au cours des dernières années : l'austérité ne conduit pas à la croissance, mais plutôt le contraire. Toutes les preuves montrent que l'austérité ne mène qu'à la contraction de l'économie. Ici, nous commençons à gagner l'argument: même le FMI a publié une recherche qui montre que l'austérité ne fonctionne pas.

  2. Moins connu, celui-ci concerne ce qu'on appelle la loi de Wagner (aucun rapport avec le compositeur) qui indique qu'au cours des 140 dernières années toute croissance économique est accompagnée d'une augmentation des dépenses publiques au-dessus du niveau de la croissance du PIB. Ceci car les dépenses publiques sont essentielles pour subvenir aux besoins du secteur privé. Pensez infrastructure, une main-d'œuvre en bonne santé et instruite, et une plus grande demande des consommateurs.

  3. Certainement le secret le plus surprenant. Des études répétées, généralement menées par des gens qui s'attendent à trouver le contraire, montrent invariablement que le secteur privé n'est pas plus rentable que le public (et souvent plus coûteux). Le secteur public est beaucoup plus efficace et obtient de meilleurs résultats comme le démontre la section sur les soins de santé dans le rapport.

  4. La plupart des gens pourraient s'attendre à ce que les dépenses pour la sécurité sociale contribuent à une société plus égalitaire, en redistribuant les richesses du haut vers le bas. Ce qui est peut-être plus surprenant, c'est que le financement des services publics (en particulier le logement, la santé et l'éducation) est encore plus efficace dans la réduction des inégalités. La raison en est double: ces services permettent de réduire l’écart dans la qualité de vie entre les plus riches et les plus pauvres, et l'emploi dans le secteur public étant mieux payer ceci permet de stimuler les dépenses de consommation parmi les moins bien payés.

  5. Jusqu'ici tout va bien. « Mais nous ne pouvons pas nous le permettre! » entendez-vous pleurer, « Vous peignez un tableau idyllique, mais d'où vient l'argent? » La réponse vient d'une source improbable: le FMI. Celui-ci estime qu'il est possible d’augmenter l’impôt sur les bénéfices des entreprises, sur les fortunes et les propriétés à hauteur de 11% du PIB. Imaginez ce que 11 % du PIB de l'Europe pourrait faire pour nos services publics !

David a expliqué que sur la base de ces cinq «secrets», il est évident que les arguments en faveur de l'austérité sont erronés. Pourtant, ceux qui les avancent, un puissant groupe de gouvernements de droite et de grandes entreprises, semblent vouloir le faire, quelle qu’en soient les conséquences.

Nous avons terminé cette conversation fascinante en demandant à David s'il pensait qu’avec des livres comme «The Spirit Level » et la croissance insatiable de Piketty-mania (voir Thomas Piketty, auteur), si nous commencions à gagner l'argument pour les services publics. "En termes de débat intellectuel", at-il dit, " il est déjà gagné. J'ai remarqué que l'OCDE a mis en place un groupe de haut niveau sur l'égalité, qui comprend Piketty, Stiglitz et Krugman. Ainsi, ces arguments commencent à avoir un impact à un niveau très élevé. Les syndicats ont un rôle énorme a joué dans la promotion de cette évolution de la pensée économique et de la lutte pour une économie qui fonctionne pour tous les citoyen-ne-s et renforce les services publics."

Vous pouvez télécharger le rapport complet 'Pourquoi nous avons besoins de dépenses publiques' en français, ou même en anglais.